Elections régionales 2004 Mars-avril 2004
Raffarin espère rester à Matignon


Jean-Pierre Raffarin, après la débâcle de la droite aux régionales, s'est prononcé pour une poursuite des réformes en mettant l'accent sur la "justice" sociale, signe qu'il espère rester à Matignon même si le dernier mot appartient au chef de l'Etat Jacques Chirac.

"Des changements s'imposent certainement", a reconnu le Premier ministre en réagissant à la victoire de la gauche, qui contrôle désormais 21 régions des 22 en France métropolitaine.
Si la décision de le maintenir ou de le remplacer est du ressort exclusif de Jacques Chirac, M. Raffarin, qui s'est entretenu à plusieurs reprises dimanche avec le président de la République, semblait dimanche soir, après 22 mois à Matignon, miser sur la prolongation de son bail en recadrant son équipe et sa politique.
"Plus que jamais s'impose l'exigence de la cohésion nationale, de la demande de justice et de la priorité à l'emploi. Elles doivent mobiliser toutes nos énergies", a insisté le Premier ministre, qui n'a pas modifié la teneur de son discours de l'entre deux tours.
Il s'est d'ailleurs appliqué à relativiser la portée du vote-sanction des Français en affirmant être "persuadé que les Français ne veulent pas du retour à l'immobilisme" et que "les réformes doivent se poursuivre". Fortement affaibli par ce scrutin, sa marge de manoeuvre risque toutefois d'être très réduite dans l'optique des européennes de juin et de la périlleuse réforme de l'assurance maladie.
Le président de l'UMP Alain Juppé, proche parmi les proches du chef de l'Etat, a semblé abonder dans son sens en estimant que les conséquences du scrutin ne relevaient pas d'une "question de personnes" mais "du projet politique dont la France a besoin".

"tirer les leçons"

M. Raffarin a "encore suffisamment d'énergie" pour rester à la tête du gouvernement, a renchéri le très chiraquien François Baroin.
Premier responsable de l'UMP à prendre la parole dans la soirée, le ministre François Fillon, visiblement abattu par la perte de son bastion des Pays-de-La-Loire, a plaidé pour que M. Chirac "prenne en compte une situation politique nouvelle".
"On ne peut pas réformer un pays comme le nôtre sans le soutien du peuple", a-t-il insisté, prenant acte que le gouvernement actuel ne pouvait se réclamer de cet appui.
Sans faire d'allusion directe au sort de M. Raffarin, le président de l'UDF François Bayrou en a lui aussi appelé à M. Chirac pour "tirer les leçons de cette crise de confiance et de mettre en place les conditions d'une politique nouvelle".
Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, qui serait un successeur probable à Jean-Pierre Raffarin si le président se résignait à se séparer de son Premier ministre, a souligné que ces élections revêtaient "une dimension politique qui n'est pas contestable".
Un éventuel remaniement du gouvernement, voire un changement de Premier ministre, pourrait intervenir en début de semaine, selon une source gouvernementale, le chef de l'Etat devant se rendre en Russie jeudi et vendredi.
Selon cette source, M. Sarkozy verrait ses compétences élargies tout comme Jean-Louis Borloo qui obtiendrait un vaste ministère de la Ville, de l'Intégration et de la Cohésion sociale. Hervé Gaymard, Renaud Dutreil et Jean-François Copé, battu en Ile-de-France, seraient également promus. En revanche, Jean-François Mattei, Noëlle Lenoir, Tokia Saïfi et Nicole Fontaine seraient partants.
Tout en portant plutôt la charge contre M. Chirac et en réclamant avant tout, à l'instar de François Hollande (PS), un "changement d'orientation politique", les socialistes n'ont pas manqué de souligner que le gouvernement avait perdu toute "crédibilité politique". "Je crois que M. Raffarin doit s'en aller", a même lancé le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis.

© Dernières Nouvelles d'Alsace - 2004