Le raz-de-marée des socialistes et de toute la gauche aux élections régionales et cantonales permet au PS, moins de deux ans après une défaite historique à la présidentielle, de surmonter l'échec du 21 avril 2002 et de se poser en sérieux candidat à l'alternance dans trois ans, estime-t-on ce soir au siège du parti.
Le triomphe du PS est aussi, de l'avis général, un succès personnel du premier secrétaire François Hollande, régulièrement critiqué malgré sa large victoire au congrès de Dijon en mai 2003. Mais il est aussi celui de Laurent Fabius, défenseur d'une "opposition frontale" au gouvernement, voire de Dominique Strass-Kahn et Bertrand Delanoë, très actifs pendant la campagne comme son principal challenger à l'Elysée, sans oublier Jack Lang, pourfendeur attitré de la politique de la droite.
La stratégie de la direction, sonnée comme tout le parti après l'échec de Lionel Jospin en 2002, sort pleinement validée par le scrutin. A l'inverse du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le PS a constamment affirmé que les élections locales et régionales avaient aussi un caractère politique et national. D'où "une campagne civique" destinée à mobiliser les Français autour des urnes - un pari gagné -, et la mise en avant du "vote-sanction" devant "la mise en cause des acquis sociaux" par le gouvernement Raffarin.
"Ce qui s'est passé ce soir, c'est l'équivalent électoral d'une grève générale contre le gouvernement", estime l'ex-ministre Jean-Luc Mélenchon, membre du bureau national.
Face à l'impopularité du gouvernement, désormais démontrée dans les urnes, les socialistes, que l'on disait il y a encore quelques semaines "inaudibles", sont ensuite parvenus à incarner "la protection" face à la politique libérale de la droite, ce qu'ils ont appelé "le vote utile".
"parti de l'union"
"Faire des 21 et 28 mars un vote de protection, et de dissuasion face aux mauvais coups pour l'après-élections" si la droite n'est pas désavouée, tel a été le leitmotiv du PS pendant cette campagne.
De ce point de vue, l'extrême gauche a paru sous-estimé le rejet du gouvernement en n'appelant pas à battre la droite au second tour, créant à ses dépens une dynamique en faveur du vote "utile" dès le premier tour. "Ils se sont piégés eux-mêmes", selon François Hollande.
Les Verts et les communistes, qui n'ont pas commis cette erreur, ont au contraire tiré profit de la victoire du PS, auquel ils étaient associés, l'un ou l'autre, dans presque toutes les régions. A cet égard, la ténacité de François Hollande se voit récompensée.
Dès l'automne, le patron du PS avait impulsé la stratégie du PS "parti de l'union" non sans mal jusqu'au mois de décembre, lorsque Verts et communistes avaient manifesté de fortes réticences, échaudés par la piètre image des socialistes dans l'opinion.
Pour aucun socialiste cependant, la victoire du PS sur toute la ligne n'efface le 21 avril. "Ca ne s'effacera jamais, en aucun cas", dit Annick Lepetit, porte-parole du PS.
Non dissimulée, la joie des socialistes réunis au siège du parti, rue de Solférino, était donc mesurée dimanche soir. La gauche "n'a aujourd'hui aucun droit à faire valoir, elle n'a que des devoirs à accomplir", a déclaré François Hollande. Celui, notamment, de partir à "la reconquête de l'espérance".
Car les socialistes sont tous conscients que le visage de la gauche nouvelle qu'ils veulent offrir reste à dessiner, en oeuvrant au côté "des forces vives du pays", comme l'a dit M. Hollande.