Après le lourd désaveu infligé au gouvernement et à la majorité dans les urnes, le président Jacques Chirac se trouve à l'heure des choix douloureux, voire des révisions, à mi-parcours de son quinquennat.
Pour le chef de l'Etat comme pour son Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, la défaite aux régionales et aux cantonales est cinglante, amplifiée par le taux élevé de participation. C'est "un 21 avril à l'envers", a souligné le ministre des Affaires sociales, François Fillon.
Jacques Chirac va devoir trancher entre le maintien à Matignon de Jean-Pierre Raffarin, personnellement affaibli par le résultat des régionales, et son remplacement par un homme nouveau, comme le populaire ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, par exemple.
Même si, comme le soulignent ses proches, le président de la République n'aime pas se déterminer sous la pression des événements, il ne devrait pas tarder à décider.
A droite, la semaine dernière, beaucoup prévoyaient le maintien de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, assorti d'un remaniement en profondeur du gouvernement, destiné à mettre l'accent sur le renforcement de la cohésion sociale. Remaniement qui mettrait en valeur des personnalités comme le ministre de la Ville Jean-Louis Borloo, très en cour à l'Elysée et dont le profil pourrait incarner cette inflexion sociale.
Mais face à la profondeur du désaveu, la question du départ de Jean-Pierre Raffarin était implicitement, mais clairement, posée à droite dès dimanche.
Avoir le soutien du peuple
Ainsi Nicolas Sarkozy a-t-il demandé "à la majorité de tirer les conséquences d'une élection, qui pour être locale, n'en a pas moins une dimension politique qui n'est pas contestable". Tout au long de la campagne, Jean-Pierre Raffarin avait martelé que ces élections n'avaient pas de dimension nationale.
François Fillon, lui-même battu contre toute attente dans les Pays de la Loire, a tiré la sonnette d'alarme. "On ne peut pas réformer sans avoir le soutien du peuple. Nous avons avec le peuple un problème qui ne pourra être résolu que par des changements profonds dans notre organisation", a-t-il reconnu.
Quant à un éventuel changement de Premier ministre, "c'est au président de la République de prendre en compte une situation politique qui est nouvelle", a-t-il ajouté.
En revanche, le très chiraquien François Baroin a considéré que le Premier ministre avait "encore suffisamment d'énergie" pour rester à la tête du gouvernement. Il a salué "sa capacité de résistance et sa fidélité au président de la République". "Devons-nous entendre le message? La réponse est +oui+. Quelle forme cela doit prendre, un changement de gouvernement ou de Premier ministre? Seul le président de la République peut répondre", a dit le porte-parole de l'UMP.
Jean-Pierre Raffarin a reconnu que "des changements s'imposent certainement". "L'action doit être plus efficace, l'action doit être plus juste", a-t-il déclaré en se disant "persuadé que les Français ne veulent pas du retour à l'immobilisme".
Dimanche soir, la gauche n'a pas manqué de mettre directement en cause Jacques Chirac dans cette débâcle de son camp.
Le premier secrétaire du PS François Hollande a parlé d'une "lourde sanction pour le gouvernement" et d'un "désaveu sévère" pour le président de la République.
L'ancien Premier ministre Laurent Fabius, a qualifié de "demi-quinquennat stérile" le bilan de Jacques Chirac depuis 2002. Il a observé que, comme en 1988 ou en 1997, Jacques Chirac était lourdement sanctionné, deux ans après sa victoire.