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L'Alsace ressemble désormais au village retranché de Petitbonum dans les BD d'Astérix. Après avoir fait, il y a quelques années, la « une » des médias nationaux et étrangers à cause des scores de Le Pen aux présidentielles, elle suscitera ces prochaines semaines surprises et interrogations sur son cavalier seul à droite, à l'issue des régionales. Adrien Zeller n'a pas tout à fait échappé au vote sanction qui a coulé les autres présidents de région de droite. La belle percée de la liste PS-Verts et la quasi-stagnation de l'extrême droite montre bien que nombre d'électeurs ne voulaient plus seulement émettre un vote de protestation, mais contraindre le gouvernement, à travers l'alternance régionale, à changer de politique.
Bigot en tête à
Strasbourg et Mulhouse
En Alsace, cette « alternative » appelée de ses voeux par Jacques Bigot n'a pas été abouti. Une majorité d'Alsaciens a jugé d'abord la politique de l'équipe sortante, avant de sanctionner le gouvernement. Adrien Zeller avait d'ailleurs adroitement pris ses distances avec ce dernier, en ne sollicitant pas de soutien ministériel, même et surtout pas celui de Jean-Pierre Raffarin.
C'est à l'Alsace rurale et des villes moyennes qu'Adrien Zeller doit son succès. Strasbourg et Mulhouse ont en effet largement préféré la liste Bigot. Celle-ci devance en effet la liste UMP-UDF de 8,4 points à Strasbourg (47,2 % contre 38,8 %) et de 6,67 points à Mulhouse (40,94 % contre 34,27 %). Adrien Zeller encaisse, à n'en pas douter, la mauvaise humeur des Strasbourgeois (confirmée aux cantonales) envers le tandem municipal. Même à Colmar, chez Gilbert Meyer, il s'en est fallu d'un point et demi que la liste Bigot (38,44 %) ne passe devant la liste Zeller (39,91).
Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas l'extrême droite qui a handicapé la droite. La liste Binder n'a progressé que de 3,42 points entre les deux tours. Elle n'a de loin pas fait le plein des voix d'Alsace d'abord. A Strasbourg, la liste FN n'obtient que 14 % des voix contre 24,79 % à Mulhouse et 21,65 % à Colmar.
La liste PS-Verts a le mieux profité des reports de voix, progressant de 14,32 points. Deux listes éliminées au premier tour, celles de la « vraie gauche » (PCF-PRG-MRC) et de la « France d'en bas » avaient explicitement appelé à voter pour elle, mais cela ne suffit pas à expliquer que la liste Bigot ait engrangé d'un tour à l'autre 29 491 voix de plus que la liste Zeller. La liste de la majorité sortante, du fait de l'union UMP-UDF réalisée avant le premier tour, était supposée avoir fait le plein de ses voix dimanche dernier.
Henri Stoll,
élu provisoire ?
Elle a néanmoins progressé encore de 9,5 points, puisant sans doute dans la plupart des listes du premier tour et dans le petit regain de participation (+ 1,42 points par rapport au 1er tour).
Avec 27 élus, Adrien Zeller dispose, comme prévu, d'une confortable majorité absolue. L'équipe Bigot devrait rapidement perdre un de ses élus, le Vert Henri Stoll, maire de Kaysersberg, élu hier conseiller général de Kaysersberg. Tombant sous la loi du cumul des mandats, il devrait choisir la « proximité » du canton et laisser sa place au conseil régional à la suivante de la section haut-rhinoise de la liste, la conseillère municipale PS de Mulhouse Djamila Sonzogni.
Claude Keiflin
29/02/2004