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La vague rose dans les régions est une véritable claque pour le gouvernement. La gauche a bénéficié d'un raz-de-marée qui balayé la droite dans 20 régions sur 22 en France métropolitaine. La majorité conserve une seule région : l'Alsace.
Le vote sanction des électeurs, plus nombreux que le 21 mars - l'abstention était hier autour de 35% environ contre 37,9% au premier tour et 42,3 % lors des régionales de 1998-, pose la question du maintien de Jean-Pierre Raffarin à Matignon.
A Chirac de trancher
La déroute totale de la droite, moins de deux ans après ses victoires de 2002, place Jacques Chirac dans une situation délicate. Le chef de l'Etat va devoir trancher entre le maintien du Premier ministre ou son remplacement par un homme nouveau, comme le populaire ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy par exemple.
La victoire écrasante de la gauche, qualifiée d'« extrêmement spectaculaire » par le socialiste Laurent Fabius, se traduit par le gain de 12 régions sur les 13 (hors Corse qui n'a pas le même mode de scrutin et dont le président ne sera connu qu'à l'issue de son élection jeudi par l'Assemblée de Corse) que détenait la droite depuis 1998.
Poitou-Charente
Symbole de cette situation, la région Poitou-Charentes, ancien fief du Premier ministre, où Ségolène Royal (PS) obtient 55,5% des voix, soit 20 points de mieux que son adversaire Elizabeth Morin. Autre victime de ce raz-de-marée, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing a été battu en Auvergne par le socialiste Pierre-Joël Bonté. En Picardie, le ministre des Transports UDF Gilles de Robien a subi une défaite cuisante. La droite perd trois autres bastions, la Bretagne, où le président sortant Josselin de Rohan (UMP) est largement devancé par Jean-Yves Le Drian(PS), la Franche Comté, où Raymond Forni (PS) devance de 12 points Jean-François Humbert (UMP) et les Pays-de-la-Loire, région traditionnellement acquise à la majorité. Elus en 1998 avec les voix du Front National, Jacques Blanc en Languedoc-Roussillon et Jean-Pierre Soisson en Bourgogne ont aussi été battus.
Près de 50% des
voix pour la gauche
Les socialistes et leurs alliés, outre les régions arrachées à la droite, ont conservé les exécutifs qu'ils détenaient depuis 1998, comme PACA, Nord-Pas-de-Calais ou encore l'Aquitaine. La région Ile-de-France, enjeu d'un âpre duel entre Jean-Paul Huchon (PS) et le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé (UMP), est elle aussi restée dans le camp de la gauche. Pour la première fois depuis 1981, la gauche recueille près de 50% des voix. Elle prend sa revanche sur sa propre déroute de 1992 qui avait conduit François Mitterrand à remplacer Edith Cresson par Pierre Bérégovoy à Matignon. La droite, qui affrontait le FN dans 17 régions, recueille environ 37% des voix. Le parti de Jean-Marie Le Pen recule en sièges pour la première fois depuis 1986. Avec 12,75 % des voix, il n'est pas en mesure de retrouver les 275 élus qu'il avait obtenu en 1998, en raison de la stagnation de son score et du nouveau mode de scrutin.
La droite a reconnu hier sa « lourde défaite ». François Fillon, le ministre des Affaires sociales, a parlé d'un « 21 avril à l'envers », allusion au premier tour de l'élection présidentielle de 2002 qui a abouti au retrait de Lionel Jospin de la vie politique. Un an et demi à peine après sa naissance, l'UMP qui se voulait la machine à gagner sort laminée des élections régionales.
« 21 avril à l'envers »
La victoire de la gauche sauve par contre le Parti Communiste, menacé de disparition du paysage politique français lors des précédentes échéances électorales. Elle permet aussi au PS de surmonter l'échec du 21 avril et de se poser en candidat sérieux à l'alternance. Hier le premier secrétaire du PS François Hollande a évoqué une « lourde sanction pour le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin » et d'un « désaveu sévère » pour le président de la République.
Le socialiste Laurent Fabius a estimé que le « gouvernement n'avait plus de légitimité politique » et invité la majorité à changer de politique. Malgré sa défaite cinglante, la majorité a défendu la politique qu'elle mène depuis deux ans. Mais le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a reconnu que « des changements s'imposent certainement » et se disant « persuadé que les Français ne veulent pas d'un retour à l'immobilisme. »
Elodie Bécu (avec AFP)
29/02/2004