Mars-avril 2004
 
 
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Une arme à double tranchant

 La forte implication de Nicolas Sarkozy dans la campagne du second tour ne va pas sans risque politique personnel pour le ministre de l'Intérieur si la Bérézina se produit.
 A l'inverse, si la majorité parvient à limiter les dégâts, le ministre de l'Intérieur pourra se prévaloir d'avoir joué un rôle non négligeable. Ses proches ont affirmé dès lundi que, pour eux, la bonne performance de Jean-François Copé en Ile-de-France devait beaucoup à Nicolas Sarkozy.
 Mais en cas de nouvelle poussée de la gauche, les nombreux adversaires qu'il compte au sein de sa propre famille politique ne devraient pas manquer d'affirmer que le ministre de l'Intérieur n'a pas été à la hauteur de son image d'homme providentiel chez les militants UMP.

En 1997

 La présence aux quatre coins de la France du locataire de la place Beauvau, fortement sollicité par les candidats en difficulté, rappelle la montée au créneau entre les deux tours des législatives de 1997 du tandem Philippe Séguin-Alain Madelin.
 Alors que Philippe Séguin jouissait lui aussi d'une forte cote de popularité, cet attelage n'avait pas permis d'éviter la déroute électorale et l'arrivée de Lionel Jospin au poste de Premier ministre en remplacement d'Alain Juppé.
 S'il est de fait conscient des limites de l'exercice, Nicolas Sarkozy semble vouloir montrer qu'il ne ménage pas son soutien à une droite fébrile.
 Une façon d'apparaître indispensable aux yeux des militants et des candidats et incontournable au président Chirac quand celui-ci sera, le cas échéant, amené à tirer les leçons du scrutin.

Fusions de listes UMP-UDF : le report des voix suivra-t-il?

Xavier Darcos et François Bayrou ont trinqué hier à Bordeaux.(Photo AFP)
Jean-Pierre Raffarin à Troyes et Bordeaux et Nicolas Sarkozy à Lille et Thionville. Le Premier ministre et son ministre de l'Intérieur ont poursuivi hier leur campagne pour contrer le vote-sanction du premier tour.

 Malgré les fusions dans 11 des 15 régions (hors la Corse) où UMP et UDF se sont affrontées le 21 mars, l'incertitude demeure sur le report des voix des électeurs de François Bayrou. Le président de l'UDF est en effet peu présent dans la campagne du second tour.
 S'il s'est retiré de la liste d'union UMP-UDF en Aquitaine, François Bayrou, qui entend « être loyal», selon son entourage, a cependant rompu le silence médiatique qu'il observait depuis lundi matin : il a tenu une conférence de presse commune avec son ancien concurrent Xavier Darcos. Et, soucieux de « couper court à toutes les interprétations », s'est rendu en soirée au meeting régional à Bordeaux, auquel assistaient le Premier ministre et le président de l'UMP Alain Juppé.

Deux régions en
situation délicate

 C'est paradoxalement en Basse-Normandie et en Franche-Comté, où l'accord ne s'est pas conclu du fait de l'UMP, que les présidents sortants UMP sont en situation très délicate.
 En Basse-Normandie, René Garrec est certes arrivé en tête dimanche, avec 28,75%, mais son adversaire socialiste Philippe Duron (23,91%) a fusionné avec la liste PRG-Verts d'Alain Tourret (8,37%). Garrec fait le pari de récupérer les voix de l'UDF Philippe Augier (9,26%) qui avait réclamé l'application du principe national de proportionnelle arithmétique. Le tiendra-t-il?
 En Franche-Comté, c'est pire: Jean-François Humbert (24,84%) est arrivé plus de 6 points derrière son adversaire socialiste Raymond Forni (31,28%).
 L'UDF a de son côté refusé de s'allier avec deux présidents UMP réélus grâce au FN en 1998, Jean-Pierre Soisson en Bourgogne et Jacques Blanc en Languedoc-Roussillon. Mais dans ces deux régions, un apport des voix UDF ne permettait pas aux deux sortants de rattraper leur retard sur la gauche.
 Dans les 11 autres régions, l'accord s'est fait à la proportionnelle, et des UDF ont obtenu des têtes de sections départementales.
 Mais les cas de la Basse-Normandie et de la Franche-Comté risquent de peser sur l'ensemble de l'électorat UDF, et notamment en Ile-de-France où l'UMP Jean-François Copé (24,79%), arrivé derrière le sortant PS Jean-Paul Huchon, a besoin d'un très bon report des voix de l'UDF André Santini (16,12%).
 « Il est évident que s'il y avait eu accord dans toutes les régions, l'électorat UDF aurait eu la certitude qu'il était pris en compte », dit-on dans l'entourage de François Bayrou. « Un des grands enjeux de la suite, c'est  : est-ce que les deux sensibilités de la majorité sont prises en compte ou est-ce qu'on continue à ignorer plus du tiers de l'électorat de la majorité  ? ».

«Pas satisfaits,
pas à gauche»

 « Cela montre qu'à l'UMP, le partenariat, ce n'est pas pour demain matin », analyse Marielle de Sarnez, responsable UDF des régionales. « Les 12% d'électeurs qui ont voté UDF au premier tour ont voulu montrer qu'ils n'étaient pas satisfaits de l'UMP ou de la politique du gouvernement et qu'ils n'étaient pas à gauche. Combien de cette part vont suivre en cas de fusion  ? ».

Renaud Muselier, chef de file UMP-UDF en Provence-Alpes-Côte d'Azur, a déposé plainte contre X hier auprès du procureur de la République de Marseille pour « violation de la sincérité et de la régularité du scrutin », lors du premier tour des régionales. L'enquête a été confiée à la police judiciaire. Renaud Muselier s'est dit « victime (..) de nombreuses manoeuvres manifestement frauduleuses ». Selon lui, les bulletins UMP-UDF n'auraient été disponibles à Orange que deux heures après l'ouverture des bureaux de vote.

25/03/2004

© Dernières Nouvelles d'Alsace - 2004