Mars-avril 2004
 
 
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Alsace : les incertitudes du double tour de scrutin








Le nouveau mode de scrutin des élections régionales accentue encore l'incertitude qui règne d'ordinaire à la veille d'une échéance électorale. En Alsace, l'actualité ne contribue pas à la sérénité.

Lors des trois premières élections du conseil régional au suffrage universel (1986, 1992, 1998), le sort de l'assemblée était réglé en un seul dimanche. On connaissait, aussitôt après la fin du dépouillement, le score de chaque liste et le nombre de ses élus. L'une des principales modifications de la loi du 11 avril 2003 a été l'introduction d'un deuxième tour de scrutin. Une réforme qui n'a rien d'anodin. Elle a des incidences sur le comportement des mouvements politiques et sans doute aussi sur celui des électeurs.
 Alors que le tour de scrutin unique incite les partis à tenter leur chance individuellement, le scrutin à deux tours pousse à des alliances, surtout lorsqu'il est assorti d'une prime majoritaire pour la liste arrivée en tête, comme c'est le cas pour les municipales, et désormais pour les régionales. Le PS a proposé aux Verts l'union dès le premier tour, pour conjurer le sort d'un « 21 mars régional », répétition du 21 avril 2002 qui avait éliminé Jospin de la présidentielle. Faute de franchir la barre de 10 % des exprimés, les socialistes auraient été exclus du conseil régional pendant six ans. L'union avec les Verts n'est pas une garantie absolue, mais limite sérieusement les risques.

L'extrême droite
en embuscade

 L'UMP et l'UDF ont à leur tour constitué, non sans mal, une liste d'union. Du point de vue de l'observateur politique, c'est dommage. On ne pourra pas déterminer dans quelle mesure l'Alsace est restée attachée au centrisme incarné par l'UDF, ni vérifier si le concept de l'UMP, en tant que rassemblement de la droite républicaine, a échoué ou réussi dans la région. Mais Adrien Zeller, centriste dans l'âme, UMP par l'étiquette, tenait à l'union pour assurer sa pole position dès le premier tour. Il a déjà eu le plus grand mal à prendre ses distances avec le gouvernement Raffarin, pour ne pas subir trop d'effets négatifs de l'impopularité du Premier ministre.
 L'extrême droite se tient en effet en embuscade. Elle avait réuni près de 27 % des voix aux régionales de 1998, contre 33 % à l'UDF-RPR. L'extrême droite compte bien faire son miel de la dégradation de la situation économique en Alsace et des éruptions de violence de ces derniers jours à Strasbourg. Certes, elle est divisée, et tant le FN qu'Alsace d'abord jurent leurs grands dieux qu'il ne feront pas d'alliance entre les deux tours. Mais les allées et venues entre mouvances d'extrême droite ont été trop fréquentes ces dernières années pour se fier à ce genre d'engagements préélectoraux.
 Autant dire qu'on n'est pas à l'abri de surprises dimanche soir. Mieux vaut s'y préparer psychologiquement.



Claude Keiflin

20/03/2004

© Dernières Nouvelles d'Alsace - 2004