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A Ecrouves, l'adjoint au maire chargé des écoles a organisé une campagne d'éducation civique. (Photo AFP) |
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Il y aura surtout de mauvaises surprises...
A la veille du premier tour, l'indifférence manifestée par l'opinion vis-à-vis des régionales plombe à l'avance les effets politiques de l'élection. Quand 65 % des Français se disent peu ou pas intéressés par ce scrutin, qui marquera le premier grand rendez-vous électoral depuis deux ans, ils infligent d'ores et déjà un sérieux camouflet à l'ensemble du monde politique. Comment pourra-t-on interpréter les résultats sortis des urnes si la participation est si faible qu'on le prévoit ?
Dix-neuf ministres
et secrétaires d'Etat
Le paysage politico-régional français a pourtant toutes les chances d'être assez profondément modifié par les électeurs. Et, paradoxalement, jamais la compétition n'a été aussi ouverte depuis les régionales de 1986. Déstabilisée par la contestation des réformes qu'elle a mises, ou veut mettre, en oeuvre, lestée par l'accumulation des mécontentements catégoriels, et déçue par la lenteur de la reprise économique, la droite redoute particulièrement un vote-sanction, envisagé par sept Français sur dix...
Soucieux de ne pas être jugé dans une période critique avant que sa politique n'ait eu le temps de porter ses fruits, le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, voulait que ces régionales conservent une dimension locale. Mais avec pas moins de dix-neuf ministres et secrétaires d'État engagés dans la bataille, le gouvernement est naturellement exposé à l'appréciation des électeurs. Par ailleurs, la deuxième étape de la décentralisation, si chère au chef du gouvernement, qui devait donner tout son sens au scrutin, est passée pratiquement inaperçue dans l'effervescence de la campagne...
Sondages serrés
et indéchiffrables
Le camp de la droite est d'autant plus inquiet qu'il est divisé. Affaiblie par l'affaire Juppé, l'UMP doit composer, dans la douleur, avec une UDF - présente, séparément, dans 16 régions sur 22 - qui s'est montrée volontiers agressive et conquérante. François Bayrou et André Santini pourraient même devancer Xavier Darcos, en Aquitaine, et Jean-François Copé, en Ile-de-France, au soir du premier tour. Un climat dégradé qui ne pourra que nuire à la constitution de listes de fusion qui devront être bouclées avant mardi 18h, comme le prévoit la réforme du mode de scrutin.
Les sondages mettent en évidence les difficultés de la majorité, désormais talonnée par l'opposition (37 % contre 35,5 % pour CSA) et même parfois dépassée dans certaines enquêtes d'opinion (34,5 % contre 39 % selon la SOFRES, 37% contre 37,5% selon IPSOS). Mais ces données globales restent artificielles et sujettes à caution.
La gauche n'est pas assurée, en effet, de pouvoir profiter de la dépression que traverse le pouvoir. Discret, le PS a réussi à constituer des listes d'union avec les Verts et le PCF dans plus de la moitié des cas, mais son message s'est souvent limité à une critique frontale et systématique du pouvoir.
Mais seuls les électeurs pourront dire si la défaite de Lionel Jospin en 2002 appartient désormais à l'histoire ancienne. Le premier secrétaire, François Hollande, lui, joue sa crédibilité à unir les socialistes toujours partagés entre la culture de gouvernement et la contestation plus gauchisante. Il devra aussi compter avec une extrême gauche LCR-LO (Besancenot, Laguiller) qui fait équipe commune, se maintiendra au second tour si elle le peut, et n'appellera pas à voter pour la gauche classique si elle est éliminée.
Une soirée
sportive
La poussée des extrêmes sera bien au coeur du premier tour. En dépit du renoncement forcé de Jean-Marie Le Pen, le Front national semble devoir progresser un peu partout. Même si la prime (25 % des sièges) accordée automatiquement aux listes arrivées en tête au premier tour l'empêchera de jouer les trouble-fête comme il l'avait fait en 1998, le mouvement d'extrême droite pourrait conforter son assise politique dans bon nombre de régions, et l'actualité joue pour lui.
Une seule certitude: la soirée du dimanche 21 mars sera sportive pour le Premier ministre dont l'avenir, et celui de son gouvernement, dépend de l'ampleur de la défaite, de la victoire ou du match nul...
Olivier Picard
20/03/2004