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La droite francilienne ne s'est jamais vraiment remise d'avoir perdu, en 1998, une région qui lui semblait acquise pour longtemps encore. Pour elle, il s'agit bien de reprendre ce qu'elle considère comme un dû. La gauche, victorieuse presque par surprise il y a six ans, veut croire, pourtant, qu'elle pourra conserver un fief bien fragile qu'elle gouverne, tant bien que mal, à la majorité relative depuis qu'elle en a pris les commandes.
Un personnage
de l'ombre
La population, elle, reste comme étrangère à la compétition qui s'annonce comme la plus âpre de toutes ces régionales 2004. L'Ile-de-France, en effet, cherche toujours son identité politique. Le pouvoir, qui sera en jeu les 21 et 28 mars prochains, reste artificiel, sinon abstrait, pour bon nombre de ses habitants.
Le président sortant, Jean-Paul Huchon, reste d'ailleurs un inconnu pour pas moins de 58 % des Franciliens... Un handicap pour cet homme de 57 ans qui resta longtemps un personnage de l'ombre au Parti socialiste où il manoeuvra pour celui dont il fut le directeur de cabinet à Matignon : Michel Rocard. Six années à la tête de la Région n'ont pas fait de lui une personnalité. Il a géré habilement mais sans éclat et, il faut bien le dire, sans imagination débordante. Quant à son programme, il ne présente ni originalité transcendante ni véritable aspérité.
Autrement dit, cette Ile-de-France, qui concentre à elle seule un sixième de la population française et une part essentielle de sa puissance économique, était, semble-t-il, à prendre. Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement Raffarin, mais aussi ancien maire de Meaux, pensait être l'homme de la reconquête avec l'appui de Nicolas Sarkozy. Il a dû en rabattre. L'UDF lui a mis André Santini, maire d'Issy-les-Moulineaux, dans les pattes. Drôle, caustique et chaleureux, « Dédé » a longtemps hésité avant de se lancer. Mais une fois en orbite, il a fait feu de tout bois dans une campagne où les trois principaux candidats ont tous mouillé leur chemise.
A deux jours du scrutin, la partie est particulièrement ouverte. Aucun pronostic n'est possible. Le dernier sondage (Le Parisien CSA) donne une avance de huit points à Jean-Paul Huchon sur Jean-François Copé (29 % contre 21 %), André Santini continuant de talonner le candidat gouvernemental (19 %), sans pour autant progresser. Mais, de toute façon, c'est l'entre-deux tours qui sera décisif car chacun des deux camps s'est présenté divisé à l'élection. A gauche, Jean-Paul Huchon peut compter sur le ralliement de la liste communiste de Marie-George Buffet. Mais l'extrême gauche (LCR-LO), emmenée par le tandem Besancenot-Laguiller, créditée d'environ 6,5 %, a d'ores et déjà annoncé qu'elle n'appellerait pas à voter pour le dirigeant socialiste. Le report des voix de ses électeurs s'annonce donc hypothétique.
Le pire danger
A droite, Jean-François Copé et André Santini ont l'un et l'autre juré qu'ils seraient loyaux envers la liste arrivée en tête. Mais, compte tenu de l'âpreté de la campagne nationale de l'UDF et du ton de François Bayrou, la fusion des deux équipes UMP-UDF promet d'être problématique. Au-delà de cette dispute de famille, le pire danger pour la droite viendra de Marine Le Pen. La fille du président du Front national n'a cessé de progresser dans les intentions de vote. Partie de 10,5 % il y a trois mois, la voilà à 13,5, voire 14 %, un score, inédit pour le mouvement en Ile-de-France, qui, s'il se confirme dimanche, pourrait déterminer l'issue de la bataille.
Olivier Picard
19/03/2004