Mars-avril 2004
 
 
Un forum spécial sur les élections est ouvert :

> Tous les forums

Elections régionales en Bourgogne
Dernier défi pour le « duc »

Jean-Pierre Soisson, une nouvelle fois en campagne.(Photo AFP)
A 69 ans, le président UMP sortant, Jean-Pierre Soisson, est pris en tenailles entre une gauche unie et conquérante, une liste UDF qui veut le renverser et un Front national vigoureux soutenu par une partie du monde viticole.

 Le boulet ne l'a pas encore atteint, mais il en sent déjà le vent.
 Le « duc de Bourgogne », Jean-Pierre Soisson, président UMP sortant du Conseil régional de Bourgogne, est donné perdant par tous ses adversaires, mais il en a vu d'autres et n'a pas forcément dit son dernier mot. Elu en 1992, à la surprise générale, avec une majorité de gauche - il était alors ministre d'ouverture du gouvernement Cresson - il a été réélu de justesse six ans plus tard à la tête d'une équipe de droite avec l'appoint, décisif, du Front national. Voilà des années que cet artiste de la politique joue les funambules avec ce talent inégalable de l'ambiguïté qu'il a hérité d'un de ses modèles : Edgar Faure. Il en emprunte volontiers une des maximes. Ce n'est pas moi la girouette, c'est le vent qui tourne.
 Au fil des années, celui qui fut maire d'Auxerre jusqu'en 2001 et est député de l'Yonne depuis 1973 a su tisser un réseau serré d'amitié et de fidélité qui lui vaut d'ailleurs le reproche de « clientélisme » formulé par ses adversaires. A 69 ans, un peu lassé tout de même des charmes de la politique, il avait songé, un temps, à passer la main. Il est finalement reparti pour une dernière campagne. Celle-là même qui pourrait lui être fatale.

Gauche unie

 En 1998, la gauche était déjà arrivée légèrement en tête en nombre de voix - 35,8 % contre 35,4 % à la droite - et le « duc » n'avait dû sa réélection qu'à l'apport amical et personnel des voix des élus du Front national mené par une de ses vieilles connaissances, Pierre Jaboulet-Vercherre. En 2004, M. Soisson ne pourra pas rééditer cette alliance contre nature. Les frontistes, qui pensent dépasser allègrement les 20 %, ne se rallieront pas à son panache et le voilà exposé à l'offensive d'une gauche unie emmenée par le socialiste François Patriat, un autre ancien ministre de l'Agriculture.

Le vin en arbitre ?

 Jean-Pierre Soisson apparaît d'autant plus vulnérable qu'il est attaqué dans son propre camp par l'UDF François Sauvadet. Proche de François Bayrou, ce député-maire de Vittaux se présente comme le « candidat du renouveau », se fait l'apôtre d'une éthique « en politique » et proclame clairement son intention de mettre à bas le « système Soisson ».
 Si le Front national réalise un score supérieur à 17 %, la Région a toutes les chances de passer à gauche. Peut-être le vin fera-t-il la différence. Dans une région viticole où la loi Evin est fustigée chaque jour, Pierre Jaboulet-Vercherre, lui-même grand négociant des Bourgogne du même nom, catalyse les mécontentements. Jean-Pierre Soisson a habilement allumé les contre-feux en obtenant du gouvernement une modification prochaine de la loi honnie. Une façon, pour cet ambassadeur infatigable du Chablis, de récupérer une partie de l'électorat vigneron.
 Un dernier coup, peut-être, pour ne pas boire la coupe jusqu'à la lie au soir du second tour.

Olivier Picard

18/03/2004

© Dernières Nouvelles d'Alsace - 2004