Mars-avril 2004
 
 
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Alsace d'abord
Robert Spieler : « Un parti sur le modèle de la CSU bavaroise »

Robert Spieler, Alsace d'abord : « La voie royale pour aller vers la fusion de la Région et des Départements, c'est le référendum ». (Photo DNA)
Robert Spieler, tête de la liste Alsace d'abord, réclame une véritable régionalisation, différente de l'actuelle décentralisation « qui ne se traduit que par des transferts de charges ».

DNA. - Quel est votre principal adversaire ?
 Robert Spieler : Adrien Zeller à qui je reproche d'être un excellent défenseur et porte-parole de Paris en Alsace mais un piètre défenseur de l'Alsace à Paris. Le TGV Est a été très mal négocié. Si un directeur d'entreprise avait négocié ainsi, les actionnaires l'auraient viré sur le champ.
 - Vous savez bien que dans une négociation on n'obtient jamais tout ce qu'on désire.
 - Il aurait dû faire inscrire dans la convention de financement l'obligation pour l'État de démarrer les travaux de la 2e phase à une date butoir sous peine de pénalités. Il a manqué de courage. Pas étonnant, avec sa capacité à se mettre au garde-à-vous devant Paris.
 - Qu'est-ce qui vous fait croire que vous auriez fait mieux à sa place ?
 - Je ne suis pas dans une logique de soumission aux partis nationaux, ni au gouvernement. Je peux parler haut et fort et je ne me coucherai jamais devant des exigences injustes. J'aurais dit niet à Gayssot (ministre des transports du gouvernement Jospin) et appelé tous les Alsaciens à manifester et à montrer leur détermination.
 - A quoi ça vous aurait avancé, si vous n'avez pas de relais à Paris ?
 - On voit où les « relais à Paris » ont entraîné l'Alsace. S'ils avaient leur utilité, on l'aurait déjà constaté. Notre ambition est de créer un grand parti alsacien, sur le modèle de la CSU bavaroise, rassemblant deux Alsaciens sur trois et capable de peser de façon importante sur l'exécutif national.
 - Avec le risque d'entraîner l'Alsace dans une spirale autonomiste...
 - Non, car notre démarche n'est ni ethnique, ni recroquevillée sur l'Alsace. Nous acceptons tous les Alsaciens, d'origine ou d'adoption. Si nous récusons le jacobinisme, ce n'est pas pour tomber dans un micro-nationalisme alsacien. Nous sommes très critiques vis-à-vis des eurocrates de Bruxelles, qui feraient mieux de s'occuper de leurs oignons que de nos fromages, mais nous voulons avancer vers l'Europe de la Défense et le renforcement du couple franco-allemand.
 - Revenons à la Région Alsace...
 - Le deuxième reproche que je fais à Adrien Zeller, c'est la dégradation accélérée de la situation de l'emploi. Il n'en porte pas toute la responsabilité, mais il y a sa part. Nous alertons depuis dix ans sur l'illusion et la fragilité de la prospérité alsacienne. Le ratio des exportations sur les importations est un leurre du fait de l'implantation en Alsace de nombreuses entreprises allemandes qui fabriquent et donc exportent des produits sans valeur ajoutée.
 - Ce n'est pas le président de la région qui crée des entreprises...
 - Non, mais au lieu de saupoudrer les aides aux entreprises dans une démarche clientéliste, on aurait dû aider les entreprises alsaciennes à s'orienter vers des champs d'excellence, les nouvelles technologies, la recherche-développement, les sciences appliquées.
 - C'est le cas de Biovalley, non ?
 - Biovalley fonctionne comme une structure de congrès, mais n'a pas déposé le moindre brevet. Même si la recherche fondamentale a son intérêt, c'est la recherche appliquée, publique et privée, qu'il faut développer.
 - Quelles sont les premières mesures que vous prendriez si vous étiez élu président du conseil régional ?
 - D'abord la mise en place d'un plan d'action pour reconvertir l'industrie manufacturière dans la haute technologie, et la fusion des énergies, c'est à dire des collectivités régionale et départementales, mais aussi des chambres de commerce, des agences de tourisme et des comités d'expansion économique.
 Ensuite, j'exigerais la reprise de la négociation avec l'État sur le TGV Est au besoin en cessant de payer la contribution régionale. En troisième lieu, je m'attaquerais à une réforme de la politique de formation et demanderais un transfert à la Région de compétences actuellement détenues par l'Éducation nationale : au moins la sélection et la formation des enseignants, la désignation des chefs d'établissement, la maîtrise des programmes (histoire, culture, langues) qui touchent à la région.
 Enfin, j'ouvrirais le chantier du système de santé, avec la création d'une agence régionale qui dépende du conseil régional, et celui de la fiscalité régionale, une partie de la TVA devant rester en Alsace, pour sortir de la logique des dotations accordées par l'État.

Propos recueillis par Claude Keiflin

16/03/2004

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