Mars-avril 2004
 
 
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Les régionales en Bretagne
Les « Rouges » partent à l'assaut des « Blancs »

Le député socialiste Jean-Yves Le Drian aimerait ravir la Bretagne au président du conseil régional sortant, le sénateur UMP Josselin de Rohan.(Photo AFP)
Le député socialiste Jean-Yves Le Drian aimerait ravir la Bretagne au président du conseil régional sortant, le sénateur UMP Josselin de Rohan.(Photo AFP)
Ce sera l'un des duels les plus serrés du week end prochain. La majorité UMP et l'opposition PS-PC-Verts, que deux sièges seulement séparent au Conseil régional, sont au coude à coude dans les sondages. L'extrême-gauche et le FN feront pencher la balance...

 34 % contre 33 %. Dans le dernier sondage publié il y a quelques jours par le magazine Marianne, la liste UMP emmenée par le président sortant de la région Bretagne, Josselin de Rohan, ne devance que d'un cheveu celle PS-PC conduite par son rival socialiste, Jean-Yves Le Drian. Le rapport de force politique entre la majorité et l'opposition régionales n'a pratiquement pas bougé depuis six ans.

Le châtelain
contre le docker

 Le scrutin de 1998 avait donné seulement deux petits sièges de plus à une droite traditionnellement dominante jusque là, dans la première région agricole de France (39 contre 37 et 7 au FN). Un rééquilibrage qui s'est exprimé aussi à travers les cantonales : sur quatre départements, deux sont gérés par un président UMP - l'Ille et Vilaine et le Morbihan - et deux par un président PS - le Finistère et les Côtes-d'Armor. 2004 sera, cette fois, l'année de vérité et avec des enjeux plus aiguisés que d'habitude, la campagne, bien que courtoise, a forcément pris un tour assez vif.
 Proche de Jacques Chirac et président du groupe UMP au Sénat, Josselin de Rohan est l'archétype du grand notable local aussi conservateur que respecté. Porteur d'un des plus vieux patronymes français, propriétaire d'un des plus beaux châteaux bretons - où il vit - dans le fief familial dont, comme son père, il porte le nom en prénom (Josselin), il s'identifie à sa terre, et s'appuie sur un bilan plutôt positif pour solliciter un second mandat.
 En face de ce "Blanc" - diminutif qu'on utilise dans l'ouest pour qualifier les hommes de droite, catholiques, et habitués de la messe du dimanche, se dresse son adversaire "Rouge" de rouge : ancien maire de Lorient et petit-fils de docker, Jean-Yves Le Drian incarne, lui, la tradition ouvrière des ports bretons. S'il entretient des relations franches et sympathiques avec un rival qu'il a toujours soutenu quand l'intérêt de la Bretagne était en jeu, il rêve de devenir le patron d'une Bretagne de gauche pour la première fois de son histoire.
 L'issue du duel entre les deux hommes ne dépend pas d'eux. Génée au premier tour par la liste UDF du maire de Saint-Brieuc, Bruno Joncour, l'UMP pourrait être empoisonnée au second par le Front national. Si l'extrême-droite plafonnait autour de 8 % dans une région qui ne prise guère les discours intolérants, elle a atteint 12 % à la présidentielle de 2002, et pourrait dépasser dimanche prochain la barre fatidique des 10 % lui permettant de se maintenir. La gauche, elle, est empêtrée par la montée de l'extrême-gauche dont les trois candidats ont dépassé les 12 % en 2002. Par ailleurs, elle doit composer avec les foucades des Verts : ils font cavaliers seuls au premier tour et flirtent avec le courant alternatif des autonomistes de l'UDB (Union démocratique bretonne). Un infantilisme politique qui risque de coûter cher, au final, à une liste de fusion indispensable pour l'emporter. Avec autant d'inconnues, le suspense sera total jusqu'au bout.

Olivier Picard

16/03/2004

© Dernières Nouvelles d'Alsace - 2004