Mars-avril 2004
 
 
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Au-delà du front électoral, la réunification








Face à une droite déchirée, la gauche, largement unie, part favorite dans une région qu'elle a conquise en 1998. Au-delà du scrutin, la fusion avec l'autre Normandie réunit un consensus de toutes les forces politiques, même si elles divergent sur la méthode et les échéances.

Tous pour ! Ils sont tous d'accord sur un grand projet : la réunification de la Normandie. Avec ses deux seuls départements - la Seine-Maritime et l'Eure - la Haute-Normandie se sent bien petite face aux enjeux d'une région moderne. Sous-dimensionnée. Handicapée, même, dans une Europe qui pourrait négliger les poussières de territoires. Elle vit aujourd'hui la partition de 1974 d'avec la Basse-Normandie comme une division artificielle et dépassée.

Un autre profil

La fusion, elle, aurait de l'allure et la Haute-Normandie aurait plus encore à y gagner que sa soeur jumelle. Elle passerait du 13e au 5e rang des régions françaises. Elle doublerait, aussi, son potentiel économique, complétant son visage et sa tradition industrielles par un autre profil, agricole et tertiaire.
Le consensus dans les professions de foi s'arrête là. Les élites politiques haut-normandes commencent déjà à diverger dès lors qu'on évoque la méthode. Pour les uns, un référendum régional serait indispensable, pour d'autres, la nouvelle assemblée - et celle de Basse-Normandie - pourrait prendre sans tarder la décision d'effacer la frontière. Les premiers ne sont pas pressés, les seconds, si.
L'UDF Hervé Morin, président du groupe parlementaire de son parti à l'Assemblée nationale et bras droit de François Bayrou, est le plus en pointe sur la question. C'est lui le principal animateur d'une campagne électorale plutôt effervescente. Et aux yeux de ses adversaires, c'est lui aussi le grand diviseur d'une droite passablement déchirée qui doit affronter, les 21 et 28 mars prochain, une solide alliance PS, PCF, PRG et Verts emmenée par le socialiste Alain Le Vern, président sortant de la région.

Le bras de fer
UMP-UDF

L'UMP rêve de reprendre une région perdue en 1998 et son chef de file, Antoine Rufenacht, maire du Havre et ancien directeur de campagne de Jacques Chirac en 2002 - qui a dirigé la Haute-Normandie entre 1992 et 1998 - estime qu'il est le mieux placé pour gagner cette bataille. Écartée du pouvoir régional il y a six ans par la poussée du Front National, la droite, toujours amputée d'une partie de son électorat par une extrême-droite qui peut espérer, cette fois, plus de 15% des voix, semble avoir peu de chance de gagner son pari.
La Haute-Normandie est devenue un haut-lieu du bras de fer national entre l'UDF et l'UMP... ce que déplore, impuissant, le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, député UMP de l'Eure. A l'intransigeance initiale de M. Morin, qui accuse l'UMP de ne concevoir l'union que sous la forme de la soumission imposée, a ensuite répondu celle du maire du Havre, Antoine Rufenacht, chef de file UMP, qui exclut toute union avec l'UDF pour le second tour. Il n'envisage qu'un désistement « sans état d'âme et avec enthousiasme pour la liste arrivée en tête dans la même famille », qui a peu de chance d'être la liste de M. Morin, sans assurance de passer la barre des 10%.
Les deux hommes qui, selon l'expression de M. Morin, se « refilent le mistigri de la désunion », ont souvent du mal à convaincre qu'ils se battent moins entre eux qu'ils ne combattent le fabiusien Alain Le Vern. Spectatrice du duel et forte de la solidité de son bilan avec une région sans dette, c'est avec sérénité que la gauche aborde l'échéance.



O.P. avec AFP

14/03/2004

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