Mars-avril 2004
 
 
Un forum spécial sur les élections est ouvert :

> Tous les forums

La France d'en bas
Patrick Merck : « Nous allons ouvrir des cahiers de doléances »

Patrick Merck, La France d'en bas : « Des hommes politiques, il en faut, mais les partis ne doivent pas faire de la politique un trust ». (Photo DNA - Franck Delhomme)
Patrick Merck, président de la chambre syndicale des buralistes du Bas-Rhin, tête de la liste « La France d'en bas », récuse le terme de « corporatisme » et veut représenter le « bon sens populaire ».

DNA.- Que propose votre liste, qui ne se rattache à aucun mouvement politique ?
 Patrick Merck : Nous n'avons pas vraiment de programme très déterminé. Nous ne voulons pas promettre des choses que nous ne pourrions pas tenir. Nous nous intéressons aux problèmes de transport, au développement économique, à l'aménagement du territoire. Mais nous ne sommes pas là pour critiquer systématiquement ou pour détruire tout ce qui a été fait jusqu'à présent. Nous voulons injecter du sang neuf au conseil régional pour qu'il sente ce qui se passe à la base. Car actuellement, il ne reflète plus les attentes des gens d'en bas. Si nous avons la chance d'avoir des élus, nous ne serons pas destructeurs, mais constructifs.
 - Puisque vous pensez que la Région a fait globalement du bon travail, qu'est-ce que vous lui reprochez précisément ?
 - Par exemple, dans le domaine de la formation professionnelle, elle finance des formations qui n'aboutissent à rien. La formation devient un pourvoyeur d'interim déguisé. Les infirmières, après les avoir formées, on les embauche en CDD (contrat à durée déterminée). Dans les secteurs où on manque de bras, on n'arrive pas à motiver les gens parce que c'est mal payé, alors les diplômés finissent à la rue. Il faudrait des garanties qu'après une formation, les gens trouvent un emploi stable.
 - Et dans le domaine des transports ?
 - Quand on a voulu faire de Strasbourg une ville propre, ça a été le début de la mort du commerce de proximité. On devrait recréer des parkings de proximité.
 - Mais on est là dans un débat municipal, pas régional...
 - La région devrait travailler à revitaliser le commerce de proximité. Elle a un rôle essentiel à jouer.
 - Elle donne des aides à la création d'entreprises et d'emplois.
 - Oui, et souvent elle en donne à des entreprises étrangères qui ferment ensuite boutique et ne laissent que des chômeurs sur le carreau. Il faudra être beaucoup plus drastique dans l'attribution des aides. Je suis partisan du soutien au développement économique, mais il faudrait que les entreprises prennent l'engagement de ne pas mettre la clé sous la porte. Et si c'est le cas, qu'elles remboursent les subventions. Quant aux voyous qui déménagent l'outil de travail en douce, l'Europe devrait avoir la capacité de les poursuivre.
 - Vous êtes donc européen ?
 - Oui, je suis pour l'Europe unie. J'ai voté oui au référendum sur Maastricht. Mais je n'ai jamais vu d'aspect social dans la construction européenne. Il faudrait une harmonisation des taxes. Quand je vois les chercheurs obligés de s'expatrier aux États-Unis, c'est malheureux. Pourquoi l'Europe ne prend pas les moyens de les retenir ? Il y a beaucoup de déçus de l'Europe.
 - Vous allez présenter une liste aux élections européennes ?
 - L'idée m'enchanterait. Mais laissons passer les régionales et voyons déjà si notre liste suscite un intérêt.
 - Faut-il en conclure que votre initiative sera sans lendemain ?
 - Non. L'association « La France d'en bas » que nous avons créée va mettre des cahiers de doléances à la disposition de nos clients. Qu'on ait des élus ou non, nous ferons remonter ces doléances à la Région Alsace pour l'aider à connaître les vraies préoccupations des gens et y apporter le bon sens populaire.
 - Vous ne vous faites pas trop d'illusions. Vous n'imaginez pas, comme d'autres têtes de listes, vous retrouver à la place d'Adrien Zeller le 1er avril...
 - Sait-on jamais ! Je suis un passionné de courses hippiques. Les favoris ne sont pas toujours à l'arrivée. Parfois, c'est le tocard donné à 100 contre 1 qui gagne. Si on gagnait, on saurait gérer. On le fait bien dans nos commerces. Nous n'avons pas une vision destructrice de la politique. On devrait pouvoir prendre les bonnes idées de chaque liste, les mélanger et mettre le résultat en oeuvre, au lieu de gaspiller les énergies en bagarres de personnes.
 - Pour vous, tous les partis se valent ?
 - J'ai davantage d'affinités avec l'UDF qu'avec les autres. Par contre, je n'aime pas les partis extrémistes. J'aimerais encore mieux travailleur avec le PS qu'avec Alsace d'abord ou le FN.
 - Vous avez subi des pressions pour vous empêcher de présenter une liste ?
 - Oui, et de fortes. Mais plus il y a de pressions et plus je me mobilise.

Propos recueillis par Claude Keiflin

09/03/2004

© Dernières Nouvelles d'Alsace - 2004