Après 18 ans à la tête de la région, le chef de file des socialistes limousins passe la main. La gauche devrait cependant s'imposer.
C'est un paradoxe à la française. Le Limousin, terre d'élection du président de la République, est à gauche. Et entend le rester.
En 1998, la gauche était en tête, sans problème, dans les trois départements de la région, Haute-Vienne, Corrèze et Creuse, enlevant 24 des 43 sièges de l'assemblée régionale. En 2004, unie comme il y a six ans, la liste PS-PCF-PRG devrait l'emporter sans avoir beaucoup à batailler contre une droite divisée.
Tout continue donc, mais tout va changer, pourtant. Avec la retraite de Robert Savy (PS), son président et sa figure politique emblématique depuis dix-huit ans, la région va sans doute perdre un peu de sa stabilité. Les successions sont rarement paisibles dans les grands fiefs. C'est le cas à Limoges où le nouveau chef de file de la gauche, Jean-Paul Denanot, vice-président sortant de l'assemblée régionale, ne fait pas l'unanimité dans son camp.
On reproche au futur numéro 1 de la région d'avoir été placé là par l'omniprésent maire PS de Limoges, Alain Rodet, dont il est proche. Il n'en fallait pas davantage à ses adversaires pour fustiger la manoeuvre qui, au bout du compte, ferait du conseil régional « une annexe de la mairie de Limoges ». Une crainte exprimée par l'opposition de droite mais aussi... par Robert Savy, qui ne soutient pas son futur successeur.
La droite divisée
La gauche n'a cependant pas à s'inquiéter. Cette tempête passagère devrait avoir une faible incidence sur le scrutin. L'échappée solitaire des Verts au premier tour, le 21 mars, n'inquiète pas non plus les socialistes. Un accord devrait être conclu au second. Le seul danger serait la désaffection des urnes.
La droite a peu d'illusions. Elle semble même plus faible qu'en 1998 puisqu'elle se présente divisée au premier tour. L'UMP Raymond Archer, 61 ans, devra en découdre avec une liste UDF. Il cumule les handicaps. Il doit en effet expliquer l'abandon par le gouvernement du projet de TGV pendulaire Paris-Orléans-Limoges-Toulouse par le gouvernement. Une décision d'autant plus impopulaire que le désenclavement de cette région - dont 50 % du territoire reste inaccessible aux portables ! - est une obsession pour ses habitants.
Le Front national, qui a réalisé un bon score dans la région lors de l'élection présidentielle de 2002 avec 10,5% des voix (7,5% aux régionales de 1998), pourrait profiter de ce mécontentement. Sa tête de liste a annoncé son maintien au second tour (s'il le peut).
La gauche est elle aussi encombrée par son aile extrême puisque Arlette Laguiller (LO) et Olivier Besancenot (LCR) avaient cumulé plus de 12 % des voix à la présidentielle de 2002. Un potentiel redoutable dans une région qui s'étiole.
Olivier Picard
04/03/2004