Mars-avril 2004
 
 
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Parti socialiste - Verts
Jacques Bigot : « Loin d'être anticipée, la crise a été mal gérée »

Jacques Bigot propose, entre autres, d'inciter certaines PME à se reconvertir dans les filières écologiques, par exemple la fabrication de capteurs solaires.(Photo DNA)
Jacques Bigot, maire d'Illkirch-Graffenstaden, tête de la liste d'union PS-Verts, veut créer les conditions d'une inversion du déclin industriel de l'Alsace, grâce aux investissements dans la haute technologie.

DNA.- Vous avez l'espoir de devenir président de la Région Alsace le 1er avril ?
 Jacques Bigot  : On ne sait jamais. Catherine Trautmann non plus ne pensait pas devenir maire de Strasbourg en 1989.
 - Comment vous envisagez le rôle du président de région ?
 - Il doit gérer des compétences, mais aussi porter les revendications et les difficultés des gens. Prenons l'exemple du maire. Il pourrait dire que l'ordre public n'est pas de sa compétence, mais il se doit de répondre aux préoccupations de ses concitoyens. Soit il traite le problème seul, soit il interpelle le préfet ou l'État. La Région doit faire la même chose à son niveau.
 - Sauf que le poids du président régional n'est proportionnellement pas équivalent à celui du maire dans sa commune.
 - Les 22 présidents de région devraient avoir plus de poids que les 100 présidents de département. Malheureusement, la Région intéresse peu les gens qui n'ont pas compris comment s'organisent les nouveaux équilibres institutionnels entre l'Europe, l'État et les collectivités territoriales. Or, sans la mobilisation régionale, on n'aurait pas eu le TGV.
 - Mais alors, que reprochez-vous à Adrien Zeller ?
 - De mobiliser moins bien que d'autres régions, comme la Lorraine ou Rhône-Alpes, qui sont plus mal en point mais se battent davantage que l'Alsace, assise sur son quant-à-soi. La crise industrielle, on aurait pu l'anticiper. Adrien Zeller n'a fait que gérer la crise et encore, assez mal.
 - Mais comment répondre à la crise industrielle dans un contexte d'économie de marché, de mondialisation, de délocalisations ?
 - L'analyse macro-économique incombe au politique. Faut-il se battre dans des secteurs où la concurrence est rude ou plutôt dans des domaines où nous pourrions avoir une chance de prendre de l'avance sur d'autres région ? A défaut d'instrument pour analyser ses atouts et ses faiblesses, l'Alsace bricole. On n'a pas défini nos pôles d'excellence. Alors qu'il faudrait réunir l'ensemble des acteurs économiques et universitaires et étudier avec eux ce qu'il faut faire pour développer l'activité économique.
 - Les grands travaux écologiques, la renaturation du Rhin que vous proposez, ce sont des gages donnés à vos alliés Verts ?
 - Il s'agit d'un enjeu économique et écologique. La santé des Alsaciens est liée à la qualité de l'eau et de l'air. Le conseil de protection de la nappe phréatique que nous voulons créer doit être un stimulant pour décider des mesures à mettre en oeuvre pour retrouver, en vingt ans, la qualité de la nappe, l'une des grandes richesses de l'Alsace.
 - Vous projetez de conditionner les aides régionales aux entreprises. Comment ?
 - La Région n'a pas à distribuer des aides en fonction des demandes des corporations, mais d'une stratégie de développement de l'emploi. Certains soutiens à des entreprises sont inutiles, car elles réaliseraient les investissements même sans aides régionales. Je ne suis pas sûr que les subventions à l'hôtellerie contribuent à développer le tourisme. Par ailleurs, il n'y a aucune évaluation des aides accordées. Il faudrait les contractualiser, fixer des objectifs et donner l'argent en fonction de la réalisation de ces objectifs.
 - Adrien Zeller affirme que vos propositions entraîneraient dès la première année une hausse de 30 % des impôts régionaux.
 - C'est totalement gratuit et démagogique. Il n'a pu ni examiner dans le détail, ni chiffrer toutes les mesures que nous proposons. Je n'ai pas de leçons à recevoir. Depuis 1996, les impôts n'ont pas augmenté à Illkirch.
 - Quelles seraient les premières mesures que vous prendriez si vous étiez élu président ?
 - L'analyse des budgets pour voir dans quels secteurs on peut faire des coupes claires. Je réunirais immédiatement les partenaires économiques et sociaux pour faire le point sur le nombre de personnes en perte d'emploi ou en situation de non-accessibilité à l'emploi, et je proposerais à ces personnes des emplois tremplins et des stratégies de formation. Je rencontrerais les conseils généraux, qui ont des compétences sociales. J'associerais le monde universitaire, pour définir des pôles d'excellence. Je restructurerais le service économique et je demanderais une analyse fine du potentiel de la région comparé aux autres régions de France et d'Europe, pour, à la fois, gérer la crise et anticiper l'avenir.

Propos recueillis par
Claude Keiflin

03/03/2004

© Dernières Nouvelles d'Alsace - 2004