Déséquilibrée par les fortunes diverses de ses quatre départements (Marne, Haute-Marne, Aube, Ardennes) la deuxième région agricole de France peine à trouver son identité politique. Désunie, la majorité sortante UMP-UDF est mise à mal par la progression régulière du Front national.
Sur le papier, les jeux semblaient faits. Avec 13 députés sur 14 dans la région, la majorité sortante UMP-UDF aurait dû aborder sereinement l'échéance des 21 et 28 mars prochains. Il n'en est rien. C'est désunie, divisée et minée par les jalousies, qu'elle se présentera au premier tour.
Elle ne pouvait pas vraiment se payer un tel luxe. Avec 19 élus (12 UMP, 7 UDF) sur 49, contre 17 à la gauche, elle ne disposait en effet que d'une majorité relative fragile au conseil régional sortant. Depuis six ans, la gestion de la région est contrariée, en effet, par une forte minorité d'extrême droite. En réalisant le score élevé de 18,15% des suffrages aux régionales de 1998, le FN disposait de neuf élus au conseil régional(avant la scission FN/MNR) et joue, depuis, les trouble-fête.
Cette fois, le mouvement de Jean-Marie Le Pen pèsera plus encore qu'en 1998, sur l'issue du scrutin. Il n'a cessé de conforter son implantation dans la région, et, à la présidentielle de 2002, le chef du FN est arrivé en tête au premier tour, sur l'ensemble de la région, avec 21,12% des voix. Un score que Bruno Subtil, chef de file du mouvement dans la région, se dit persuadé d'améliorer, d'autant plus que le parasitage du MNR est neutralisé par l'inéligibilité de Bruno Mégret. Mais, même s'il n'atteint pas cet objectif - qui n'est pas hors de portée dans une région en proie, en Haute-Marne et dans les Ardennes, à une désindustrialisation douloureuse - une triangulaire droite/gauche/extrême droite est envisageable au second tour.
Les risques
d'une triangulaire
Ce scénario serait particulièrement problématique pour une droite classique qui manque d'une figure charismatique pour calmer le jeu. Derrière le président sortant du conseil régional, le jovial mais sans envergure Jean-Claude Etienne, l'UMP sera cette fois confrontée à une liste UDF autonome conduite par le député Charles de Courson (Marne). Très conservateur, le parlementaire fidèle à François Bayrou prétend capter les voix des mécontents et éviter que des électeurs de droite se tournent vers le FN... Ce mic-mac risque d'entraîner une grande confusion au soir du 21 mars car les ressentiments de la droite pourrait compromettre la fusion des listes.
La gauche - qui ne dispose que d'un député PS - n'oppose pourtant pas un visage vraiment menaçant. Certes, le maire socialiste de Sedan, Jean-Paul Bachy, est parvenu à constituer une liste d'union PS-PCF-PRG-MRC, mais il devra compter au premier tour avec une liste des Verts autonome, conduite par Marie-Angèle Klaine. Quant à la liste LO-LCR, elle constitue pour lui un handicap supplémentaire. Dans une région particulièrement touchée par les fermetures d'usines, la tentation de voter pour l'extrême gauche peut priver la gauche parlementaire d'une partie de sa base traditionnelle dans ses anciens bastions ouvriers. Et risque de laisser la droite se quereller en famille...
Olivier Picard
03/03/2004