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| Patrick Binder, (liste Front national). L'espoir d'un succès électoral tirant profit de la crise économique et du dépit social.(Photo DNA) |
- DNA : « Les raisons d'un succès annoncé », titrez-vous votre journal de campagne. Quelles raisons avez-vous d'espérer un « 21 avril régional », le 21 mars prochain ?
- Patrick Binder : « Dans la campagne, on a un accueil de plus en plus positif. Avant, il y avait des réticences, des refus de nos tracts ; ce n'est plus le cas. On va mobiliser un électorat abstentionniste qui n'allait plus voter et va voter pour nous. Les gens sont traumatisés par la gauche et la droite. Ils ont tout essayé, ne leur reste que le Front national. Pire que la droite et la gauche, on ne peut pas : on ne peut que faire mieux.
- Mais Alsace d'abord va recruter des voix au sein de votre électorat...
- Alsace d'abord n'est pas une menace. Entre l'original et la copie, les électeurs préfèrent le premier, le label Le Pen. Mon concurrent direct, c'est l'UMP. Quant à la gauche, elle ne raflera rien : Bigot et Baeumler, plus mauvais, on ne peut pas faire ! On tient un discours sur le social et l'économie qui va capter un électorat sensible à cela.
- Après l'insécurité publique, c'est avec le thème de l'insécurité sociale que vous pensez capitaliser des voix. Vous tirez un profit électoral de la crise économique...
- Mais ce sont des préoccupations fortes des Français et des Alsaciens. Beaucoup de salariés sont déçus et vont décider de voter autrement. Je dis : il faut oser voter Front national. Ce n'est plus tabou et cela aura forcément un impact positif. Au conseil régional, le grand problème, c'est que Zeller applique une politique qui est celle de l'UMP ! Quelques subventions de filières ne suffisent pas ; c'est un cautère sur une jambe de bois, on ne fait que tenter de réparer les grosses erreurs de l'Etat. La Nation ne protège plus les entreprises implantées sur son territoire. La politique de la Région est une politique de faillite. Aussi longtemps que nous ne ferons pas une politique de préférence nationale, la Région sera incohérente et incompétente pour sauver l'emploi en Alsace.
- Quelles propositions faites-vous ?
- Nous sommes pour la création d'une agence régionale de l'emploi, qui remplacerait les trois agences de développement (ADA, CAHR, ADIRA). Elle regrouperait toutes les compétences et serait présidée par le président du conseil régional. Si je suis élu, ma priorité, je le répète, sera l'économie. Aujourd'hui, c'est un peu la foire au niveau des subventions ; je proposerai donc leur suppression et leur remplacement par une aide unique, sans montant plafond, accordée aux entreprises françaises et alsaciennes ayant un projet de création d'emplois et de long terme. Je suis favorable, dans un premier temps, à ce qu'elle cible les PME et les très petites entreprises qui sont des entreprises viables et sûres, dont l'activité est pérenne, dont il est certain qu'elles ne vont pas délocaliser. A l'Etat d'assurer l'implantation des grands groupes, à la Région de soutenir les PME et l'artisanat local.
- Mais toutes les aides du conseil régional peuvent-elles être jetées en bloc ?
- Il n'est pas question de supprimer ce qui est bon. Nous lancerons un audit économique sur les quinze dernières années pour étudier l'efficacité de tous les dispositifs. Cela permettra de voir si l'une ou l'autre aide peut être conservée. Il faut hiérarchiser, donner des priorités. C'est pourquoi nous ferons aussi des audits en culture, tourisme, agriculture, infrastructures, transports... On verra où sont les erreurs du passé et où est passé l'argent. En matière d'apprentissage, la Région Alsace a par exemple manqué d'adaptabilité, d'innovation. Or, celui qui n'innove pas, recule en économie.
- Si vous enlevez le conseil régional...
- Les gens ne savent rien de la Région, qui reste une institution méconnue. Mon souci sera de la rapprocher de la population, en faisant travailler les conseillers régionaux. Aujourd'hui, c'est un mandat incomplet : elle est dirigée par quelques-uns, les autres ne font que pointer. Si je suis président, j'associerai tout le monde, y compris l'opposition. Je me suis senti frustré ces six dernières années, car Zeller ne supportait pas l'opposition, l'échange d'idées, le débat. C'est un manque d'ouverture, un manque de démocratie. »
Propos recueillis par
Nathalie Chifflet
02/03/2004