![]() |
|
|---|---|
Alfred Wahl (gauche populaire et républicaine) : « Nous ne sommes pas d'accord entre nous à 100 % mais notre union tient la route ». (Photo DNA - Yves Dieffenbacher) |
|
DNA - Vous êtes la seule tête de liste régionale à ne pas être, en même temps, tête de section départementale. Vous ne voulez pas être élu ?
- Alfred Wahl : Je suis un peu l'ancêtre des mouvances de gauche (communistes, radicaux de gauche, chevènementistes) qui composent cette liste. Je ne me fais pas d'illusion sur le nombre d'élus que nous aurons. Je me bats, avec pugnacité, pour défendre des idées, pas pour obtenir une place. Une tête de liste qui ne veut pas forcément le pouvoir donne une image plus éthique, moins politicienne.
- Qu'est-ce qui justifie la présence d'une liste de « la gauche populaire et républicaine » ?
- Entre l'extrême gauche et le PS, il y avait un vide. Les électeurs qui n'ont envie de voter ni pour l'une ni pour l'autre ne trouvaient pas leur compte. Ça manquait de socialistes.
- Ah bon ! Il n'y a plus de socialistes au PS ?
- Le PS n'a plus de socialiste que le nom. Sur le fond, il entérine le libéralisme sauvage que nous n'admettons pas. Un libéralisme qui conduit au démantèlement des services publics. La majorité du PS approuve la Constitution libérale européenne de Giscard d'Estaing que nous rejetons.
- Vos propos ne sont pas très éloignés de ceux de l'extrême gauche...
- Pas du tout. Ce sont des gauchistes complètement démagogiques qui ont érigé en dogme l'interdiction du chômage. Nous sommes pour l'économie de marché, avec une espèce de nostalgie pour la période d'avant les années 80, où les gouvernements occidentaux se préoccupaient de social, par peur du communisme. Mais nous nous inscrivons en faux contre le libéralisme dogmatique, incarné par des gens comme Madelin, qui devient la norme en Europe. L'exemple le plus criant a été l'opposition de Mario Monti au prêt proposé par Chirac à Alstom. L'ayatollah de Bruxelles a décrété, au nom de l'idéologie dominante, qu'il valait mieux mettre les gens au chômage.
- On est loin de la région...
- Pas vraiment, parce que les préoccupations concernant l'emploi, la formation, l'environnement, la décentralisation sont à la fois nationales et régionales. Nous sommes contre la régionalisation des grands services publics, car elle porte en elle un risque d'atteinte à l'égalité des citoyens. Pour les transports ferroviaires par exemple, les besoins régionaux sont mieux pris en compte, mais dès que les trains dépassent les frontières de l'Alsace, il y a des différences de traitement des usagers. Quant à une régionalisation de la santé et de la sécurité sociale, ce serait la porte ouverte à la privatisation.
- Que reprochez-vous à la politique menée par Adrien Zeller ?
- De promouvoir l'implantation en Alsace d'entreprises étrangères sous-traitantes, sans valeur ajoutée. La formation en subit le contrecoup. Le conseil régional favorise l'adaptation des salariés à ce genre d'entreprises primaires, et il ne faut pas s'étonner qu'en Alsace le nombre de jeunes en classe terminale soit inférieur à la moyenne nationale ou que le pourcentage des sorties d'école sans qualification soit supérieur. Le conseil régional n'est pas assez vigilant sur la sélection des entreprises. On en est resté à l'idée que l'Alsace a une bonne main d'oeuvre. C'est dépassé. Aujourd'hui, il faut de la souplesse, de l'adaptabilité, de la formation tout au long du parcours professionnel.
- Vous êtes pour la suppression des aides aux entreprises ?
- Non, mais il faut s'entourer de davantage de précautions quand on les attribue, de sorte qu'on ne soit pas confronté à des chefs d'entreprise « voyous », comme les appelle Raffarin, qui déménagent l'outil de travail dans la nuit. Il faut mettre fin aussi à un excessif saupoudrage des aides.
- Quelle est la spécificité de votre liste ?
- C'est la seule liste laïque. Nous souhaitons un délitement progressif du concordat. Qu'on commence d'abord, comme le prévoyait la commission Stasi, par inverser le sens de l'enseignement religieux à l'école. Au lieu d'être obligatoire, avec possibilité de dérogation, il faut que les familles qui le souhaitent pour leurs enfants fassent une demande en début d'année.
- Si vous êtes élu...
- J'aimerais qu'il y ait une nouvelle majorité de gauche au conseil régional. Nous serons à ses côtés, sur le terrain, pour servir et gouverner la région. Le PS et les Verts, malgré leurs défauts, c'est quand même mieux que la droite.
Propos recueillis par Claude Keiflin
29/02/2004