Elections européennes 2004 Juin 2004
Abstention record et vote sanction

Une abstention record, la plus forte jamais recensée dans un scrutin européen, et une rafale de votes sanction contre les équipes en place, illustrée par la déroute des sociaux-démocrates allemands, ont marqué ces élections au premier Parlement de l'Europe à 25.

Sur l'ensemble de l'Union européenne élargie, le taux de participation global devait se situer à quelque 44,6%, selon une projection de l'institut EOS Gallup réalisée dimanche soir pour le Parlement européen à Bruxelles.
Il serait de 47,7% chez les 15 anciens membres de l'UE et de 28,7% dans les dix nouveaux pays entrés le 1er mai. Mais c'est toutefois chez l'un des nouveaux entrants que l'on devait trouver le plus fort engagement des électeurs, la petite île de Malte affichant un taux de participation de 82%.
Lors des dernières européennes de 1999, la participation chez les Quinze avait déjà établi un record à la baisse, avec 49,8%.
Attendue, la défaite des sociaux-démocrates du chancelier Gerhard Schroeder apparaît la plus spectaculaire. Le SPD n'aurait obtenu que 22 à 23% des voix, selon les premiers sondages sortie des urnes, son plus mauvais score de l'après-guerre dans un scrutin fédéral.
En 1999, il avait obtenu 30,7%. "C'est un résultat très amer", a commenté dimanche soir le président du SPD, Franz Muentefering.
L'Allemagne enverra à Strasbourg le plus gros contingent d'eurodéputés, 99 sur un total de 732, devant la France, le Royaume-Uni et l'Italie (78 chacun). La contre-performance du SPD conforte l'espoir des conservateurs du Parti populaire européen (PPE) d'y conserver le groupe le plus important du PE.
En France aussi, l'opposition arrive nettement en tête. Le Parti socialiste, avec 29% à 30,9% des suffrages, recueille près du double des voix du parti du président Jacques Chirac, l'Union pour un mouvement populaire (UMP), selon les instituts de sondage.
Les centristes de l'UDF arriveraient en troisième position avec 11% à 13,1% des voix devant le Front national (extrême droite), avec 9,2% à 10,7%, selon les mêmes sources.
Le président de l'UDF François Bayrou a été le premier responsable à évoquer les conséquences du scrutin de dimanche sur la géographie politique du futur Parlement, en faisant allusion à un départ du PPE pour rejoindre les libéraux.
"Le PPE est un parti qui est tout et le contraire de tout", a-t-il dit, en annonçant la création d'un "grand mouvement central" pro-européen.
En Belgique, aucune estimation n'était encore disponible pour les européennes, mais les libéraux flamands du Premier ministre Guy Verhofstadt, candidat à la présidence de la prochaine Commission européenne, ont été sévèrement sanctionnés aux régionales organisées parallèlement.
Soulignant la dimension nationale de ce scrutin européen, les électeurs qui avaient provoqué un changement de majorité législative ces derniers mois ne se sont pas déjugés.
En Espagne, les sondages donnaient une large avance au PSOE du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, vainqueur des législatives de mars dernier, alors que la droite grecque devait aussi confirmer son récent succès.
Une exception toutefois à la règle du "sortez les sortants", dont devait souffrir aussi le Premier ministre britannique Tony Blair: le Premier ministre conservateur luxembourgeois Jean-Claude Juncker est sorti gagnant, sans surprise, des élections législatives, organisées conjointement aux européennes.
Autre confirmation: la poussée des groupes eurosceptiques ou hostiles à la construction européenne.
En Grande-Bretagne, place-forte des eurosceptiques, le Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), marginal jusqu'alors et qui a axé sa campagne électorale sur le retrait de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, obtiendrait 18% des voix.
Le parti travailliste de Tony Blair accuserait une baisse de six points par rapport à 1999, avec 22% des suffrages, mais ce sont les conservateurs qui ont le plus souffert de la concurrence de l'UKIP, en perdant 14 points.
En Suède, la "Liste de juin", formation ouvertement eurosceptique, a fait une percée inattendue, recueillant 14,8% des voix selon des sondages sortie des urnes, avec à la clef une contre-performance des sociaux-démocrates au pouvoir.
En République tchèque, les estimations faisaient état d'une gifle pour les sociaux-démocrates du Premier ministre Vladimir Spidla, crédités d'environ 10% des voix, près de 20 points derrière la droite eurosceptique du chef de l'Etat Vaclav Klaus.
En Autriche, l'euro-député Hans-Peter Martin a créé dimanche la surprise en captant les voix des eurosceptiques, causant l'effondrement de l'extrême droite de Joerg Haider.
"Il s'agit désormais de faire le ménage à Bruxelles", a déclaré cet ancien journaliste.

© Dernières Nouvelles d'Alsace - 2004